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pictoDe plus en plus de femmes "prennent la clé des champs"

28/02/2018

« Pour elles "le bonheur est dans le pré". Cheffes d'exploitation, cogérantes ou salariées, les femmes, longtemps reléguées au second plan derrière leurs maris, s'affichent aujourd'hui sur le devant de la scène, donnant une image plus moderne du monde paysan.


"C'est un métier où l'on s'épanouit" et "on a envie d'attirer encore plus de femmes", résume Josiane Mehouas, 57 ans, ancienne ambulancière dans le Morbihan, aujourd'hui à la tête d'un élevage de porcs à Fréhel (Côtes-d'Armor). Selon les chiffres du ministère de l'Agriculture, les femmes représentent aujourd'hui 32% des actifs agricoles permanents en France contre à peine 10% au début des années 70. Un quart des chefs d'exploitation ou co-exploitants sont des femmes contre 8% en 1970. De plus, elles sont présentes dans tous les secteurs: 31% d'entre elles exercent dans la viticulture, 31% dans l'élevage de bovins et autres herbivores et 27% dans l'élevage porcin et volailler. Signe spectaculaire de cette évolution dans un monde réputé machiste, la Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles (FNSEA) est dirigée par une femme. Éleveuse de porcs dans le Maine-et-Loire, Christiane Lambert a été élue il y a près d'un an. Il est loin le temps où le puissant syndicat défilait contre la première ministre de l'Agriculture, Édith Cresson, portant en étendard un soutien-gorge accroché à une fourche. "Édith, on t'espère mieux au lit qu'au ministère", disaient leurs pancartes.

 

  • "Ouverture d'esprit"

 

"Une femme à la tête de la FNSEA, ça montre le chemin parcouru et l'ouverture d'esprit", se réjouit Danielle Even, présidente de la chambre d'Agriculture des Côtes-d'Armor. Cette ancienne animatrice sociale, convertie à l'élevage de porcs, dirige aussi Agriculteurs de Bretagne, une association qui tente de promouvoir de bonnes relations entre les agriculteurs et le grand public. En Bretagne, sur 38.000 chefs d'exploitation, 9.500 sont des femmes, selon Mme Even. Mais "il y a encore du chemin à faire" car "seulement trois femmes sont présidentes de chambre agricole sur plus de 90" en France. Aux élections "il y a le plafond de verre, mais aussi les parois de verre", regrette Mme Even. En 2013 "toutes les têtes de liste étaient des hommes", observe aussi Nabila Gain, chargée de la parité pour la chambre d'agriculture dans les Côtes-d'Armor. En réalité, les femmes ont toujours travaillé dans l'agriculture... mais dans l'ombre du mari. "Elles n'avaient pas de statut, elles n'étaient pas considérées comme des professionnelles", remarque le sociologue Ali Aït-Abdelmalek, spécialiste du monde rural. Selon lui le terme même d'"agricultrice" n'est apparu qu'en 1979 dans le dictionnaire. "On n'est plus la femme de... On a un statut et même de l'avance sur les femmes des commerçants et des artisans", insiste Mme Mehouas. Aujourd'hui, "l'enjeu est dans la gouvernance" et "l'étape actuelle de féminisation concerne plus encore l'accès aux responsabilités, notamment dans les organisations professionnelles agricoles (Chambre d'agriculture, syndicats, coopératives", selon M. Ait-Abdelmalek.

 

  • Diplômées et formées

 

Qui sont les nouvelles agricultrices ? "Elles ne sont pas toutes issues du milieu agricole. Elles sont diplômées et formées, non seulement techniquement, comme les garçons, mais aussi en sciences sociales et humaines ou en sciences agronomiques", remarque le sociologue. En majorité, "elles viennent de milieux para-agricoles, ont des parcours de formation plus élevés que les hommes et leur âge moyen est de 29 ans", selon Mme Even. Dans les exploitations "il n'y a aucun poste qui les bloque: elles sont machinistes, inséminatrices...", relève Mme Gain. "L'automatisation et la mécanisation ont rendu les métiers moins pénibles et donc plus accessibles aux femmes", selon elle. Ainsi c'est un robot qui réalise désormais la traite dans la ferme de 200 hectares de Nathalie Macé à Maure-de-Bretagne. Malgré une baisse continue des revenus depuis huit ans, elle refuse d'abandonner ses 80 vaches, cherchant toujours des postes d'économie. "On arrive à saturation" assure cette titulaire d'un bac S et d'un BTS agricole qui se forme aujourd'hui aux médecines naturelles, comme l'acupuncture, pour éviter l'achat de produits coûteux.


Ces nouvelles venues dans le milieu agricole donnent une image plus moderne de leur milieu professionnel. En Bretagne, elles sont formées comme leurs homologues masculins à l'utilisation des réseaux sociaux, à la prise de parole en public, à l'analyse de la presse agricole, mais aussi spécifiquement à la gestion des temps de vie (professionnel, personnel et familial). "Le regard de la société concernant le rôle des femmes, et sur la place de l'agriculture a considérablement changé", estime M. Ait-Abdelmalek. En dehors de la ferme, "nous sommes habillées comme tout le monde, nos maisons sont comme celles de tout le monde, et dans une fête on ne distingue pas une agricultrice de n'importe quelle autre femme", note Mme Mehouas. Pour preuve Danielle Even a mené une expérience dans son département: elle a projeté des photos de femmes en demandant au public de deviner le métier de chacune. Tout a été dit: médecin, avocate, cheffe d'entreprise. Sauf agricultrice, ce qu'elles étaient toutes. "La transformation de l'image passe par un travail de communication et de proximité avec les voisins", estime Mme Even pour qui les femmes apportent un changement dans ce monde auparavant dominé par les hommes car leur arrivée a renforcé la prise en compte de "l'aspect sociétal du métier ».

 

Source : AFP

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